CD Voix de Cailloux
chansons de Jacques Debronckart
Avec l'aimable autorisation de Camino Verde
Le soleil rouge
Le soleil rouge plonge en la mer
Tous les arbres se joignent en voûte
Nos amis fantômes nous écoutent
L’odeur douce monte de la terre
Attends attends attends attends attends
Je veux livrer mes secrets enfouis
Je ne peux plus vivre avec mon crime
Je ne sais plus si je l’imagine
Ou si je l’ai bel et bien commis
Entends entends entends entends entends
Cauchemar ou dure vérité
Maintenant tu connais ma souffrance
Tu n’as plus qu’à lire la sentence
La peine à quoi je suis condamné
J’attends j’attends j’attends j’attends j’attends
L’odeur douce monte de la terre
Tous les arbres se joignent en voûte
Nos amis fantômes nous écoutent
Je m’avance tout droit dans la mer
Attends, ma mort attends, ma mort attends.
Fille
Fille fille
Sois fière d’avoir une fille
Toi que je ne connais pas
Mais qui as mal à l’hôpital
Fille fille
Ton mari dit : nous l’appellerons
Alexandre ou Napoléon
Tu t’en fous
Tu l’appelleras : fille
Toute la chaleur du monde
Toute la douceur du monde
Comment pourrais-tu les regretter ?
Fille ta fille
Il faudra cent fois plus l’aimer
Elle a des siècles à rattraper
Lui dire qu’elle n’est pas une moitié
Une moitié d’homme
Mais quelqu’un d’entier
De plein
Fille fille
Prends ton pinceau, prends ta palette
Prends ton piano, prends ta trompette
Dis-nous comment tu vois le monde
Fille fille
Prends notre vieux livre des lois
Dis-nous comment tu ferais, toi
Pour que la justice l’inonde
Les temps sont venus
La terre s’ouvre à toi : Salut
Fille ! Dépouille ton masque peinturluré
Fille ma fille
Ce masque, nous te l’avions mis
Pour jouer aux mille et une nuits
Rassurer nos petites âmes
Pardon, Madame
On paiera
Pour tout cela
Fille fille
Sois fière d’avoir une fille
Toi que je ne connais pas
Mais qui as mal à l’hôpital
Fille fille
Ton mari dit : nous l’appellerons
Alexandre ou Napoléon
Tu t’en fous
Tu l’appelleras : fille
Fille
Fille
Fille.
Fanfan-Loupiot
Dors, mon petit Fanfan
Tu s’ras pas puissant
Tu s’ras jamais riche
Dors, mon petit loupiot
À moins que tu triches
Tu s’ras jamais gros
Tète et dors goulûment
Petit dieu, et prends
Du bon temps d’avance
Dans cinq ou six années
Tu s’ras repéré
Finies, les vacances
Tout le reste de ta vie
T’en auras la nostalgie
Dors, dors, mon tout-petit
T’auras pas ton nid
T’auras pas ta place
Pour quelques maigres sous
Vendras ta carcasse
Et un point c’est tout
Bien sûr, tombent en poussière
Les grands de la terre
Tout comme nous, les pauvres
Mais soixante ans et plus
Mangent et boivent dru
Et l’Bon Dieu les sauve
S’il les voit bien repentants
Même s’ils ont bu notre sang
Dors, petit agnelet
Tu verras jamais
Jamais la justice
Dors, mon Fanfan-Loupiot
À moins que tu triches
Tu s’ras jamais gros.
Du côté du manche
L’autre jour, me voyant dans la glace (bis)
Je me suis dit : non, mais t’es fou !
Tu perds ta vie, mon gros minou
Ça te sert à quoi d’être contre tout ? (bis)
T’es contre l’énergie nucléaire (bis)
Contre la gauche, contre la droite
Les profiteurs, les technocrates
Les marchands d’canons, les marchands d’patates (bis)
Crac ! de mes yeux tombent les écailles (bis)
Je renie tous les groupuscules
J’veux faire partie du majuscule
Devant toi, la masse, je capitule (bis)
Je ne me révolte plus : j’accepte ! (bis)
J’accepte tout : en vrac, en bloc !
Qu’on me matraque, qu’on me disloque !
Je me déclare prêt à baisser mon froc (bis)
Aussitôt, un immense bien-être (bis)
M’a pris le ventre et le cerveau
Envahi le bas et le haut
Quelle joie de réintégrer le troupeau ! (bis)
Ça sent bon la sueur et l’étable (bis)
Ça sent le pied de fantassin
Le vieux dortoir, le chaud crottin
Et le France-Soir au petit matin (bis)
Depuis, je suis transformé : je bande
Pour France-Angleterre ou France-Irlande
Je crie : Allez ! Je crie : Hourra !
Je trépigne quand on les bat !
Et je prends le deuil quand on n’les bat pas (bis)
Je fais mon tiercé tous les dimanches
Et je vote du côté du manche
Je ne gaspille plus le chauffage
Je donne un pourboire aux péages
Je suis bien content d’être un enfant sage (bis)
Excusez l’ardeur du néophyte
Mais j’en vois parmi vous qui hésitent
Venez tous autant que vous êtes !
Sinon, tant pis ! Je vous décrète
Ennemis du peuple et j’réclame vos têtes ! (bis)
Tu vas rire
Tu vas rire
Je regrette même nos bagarres
Tu vas rire
Les assiettes qui volaient me manquent
Tu vas rire
Je me suis remis à la guitare
Tu vas rire
J’ai tatoué un soleil sur mon ventre
Tu vas rire
Je me fais de la grande cuisine
Tu vas rire
Des perdreaux flambés fine champagne
Tu vas rire
J’ai dévoré Les Deux orphelines
Tu vas rire
Je ne m’habille plus je vis en pagne
Tu vas rire
J’ai fait poser des doubles-fenêtres
Tu vas rire
J’ai fait débrancher le téléphone
Tu vas rire
J’ai mis la télé en mille miettes
Tu vas rire
Un jour qu’elle était vraiment trop conne
Tu vas rire
J’ai voulu coucher avec Yvonne
Tu vas rire
Je lui fais un cinéma terrible
Tu vas rire
Une fois dans le lit plus personne
Tu vas rire
Elle l’a très mal pris c’était horrible
Tu vas rire
Un CRS touché par la grâce
Tu vas rire
M’a vendu trois grenades offensives
Tu vas rire
Si mon propriétaire me menace
Tu vas rire
J’ai pour lui un beau feu d’artifice
Fais-moi rire
Que fais-tu depuis que tu es libre
Fais-moi rire
Est-ce que tu as gagné à la roulette
Fais-moi rire
Les as-tu tes amants Messaline
Fais-moi rire
Les fais-tu ramper sur ta moquette
Tu vas rire
Je t’écris sans vouloir de réponse
Tu vas rire
Je brûle tout lettres et télégrammes
Tu vas rire
Salue pour moi Oscar et Alphonse
Je vous prie d’agréer chère Madame…
Le Théâtre
Le théâtre
C’est pas un art pour impuissants
Consommateurs obéissants
Galériens rivés à leur banc
Par trois chaînes
Le théâtre
C’est pas de la bouillie mâchée
Par des programmateurs non c’est
Une viande à déchiqueter
Soi-même
Au théâtre
Bien sûr tout est en carton-pâte
Le palais de Néron en plâtre
Et quatre planches sont de Colomb
La frégate
Mais au théâtre
L’acteur se bat il vient risquer
Tout tous les soirs et sans tricher
Ainsi que sur son fil d’acier
L’acrobate
Le théâtre
C’est pas du tout la maison close
Où sur la cheminée tu poses
Ton fric et dis fais-moi des choses
J’attends
Au théâtre
Faut y aller comme d’autres à l’église
Avec la foi sous sa chemise
La foi qui tout idéalise
Le printemps
Dans le cœur
L’envie de croire et de vibrer
De recevoir de renvoyer ?
La balle de participer
À la fête
Le théâtre
C’est un échange c’est une main
Tendue de la scène aux gradins
Ou le public la prend ou bien
Tout s’arrête
Le théâtre
Peut-être un des tout derniers lieux
Où l’on peut se baigner les yeux
Où l’esprit souffle encore un peu
Quand même
Au théâtre
J’y ai vu de drôles de gens
Risquer jusqu’à leur dernier franc
Pour que vive trois heures de temps
La scène
Ces gens-là
Dans un commerce respecté
HLM en contreplaqué
Se seraient déjà retirés
Fortune faite
Mais voilà
Le théâtre est un loup-garou
Qui s’en fait mordre en devient fou
Moi c’est la grâce que je vous
Souhaite.
Dors, mon amour
Les tueurs de bœufs et les tueurs d’hommes
Ont posé maillets, haches et couteaux
Tombe le brouillard sur le bois d’Argonne
Les verrous tirés, on est bien au chaud
Dors, mon amour, dors, mon amour
Les méchants sont loin
Dors, mon amour, dors, mon amour
Les cailloux blancs sont semés sur le chemin
Tu n’as plus de faim, tu n’as plus d’angoisse
Monte dans le rêve au-dessus des toits
Ton lit est nuage à travers l’espace
Voyage, voyage : le ciel est à toi
Dors, mon amour, dors, mon amour
Les méchants sont loin
Dors, mon amour, dors, mon amour
Les cailloux blancs sont semés sur le chemin
Canards bruns et verts dorment sur le fleuve
Sent bon la lavande au creux de tes draps
Au matin, ta vie sera comme neuve
L’odeur du pain chaud te réveillera
Dors, mon amour, dors, mon amour
Les méchants sont loin
Dors, mon amour, dors, mon amour
Au jour, il sera bien temps de t’en aller
Si tu veux toujours me quitter.
Le Questionnaire
Nom, prénom, date et lieu de naissance
Éventuell’ment de décès
Nom prénom du père, nom prénom de la mère,
Éventuell’ment de décès
Nom du grand-père paternel, nom de la grand-mère paternelle
Nom du grand-père maternel, nom de la grand-mère maternelle
Nom des frères et sœurs, nom des enfants légitimes ou naturels ou naturels
Rayez la mention inutile, inutile
Adresse, adresse, précisez bien l’adresse
Ville, arrondissement, cité, centrale
Escalier, étage gauche, droite ou face
Numéro de compte chèque postal
Noms de vos employeurs durant les dix dernières années
Combien de fois vous êtes-vous enivrés ces six derniers mois ?
Avez-vous été un jour renvoyé d’un lycée ? Ou de plusieurs, ou de plusieurs ?
Était-ce pour indiscipline ?
N’ayez pas peur de toute façon nous saurons
Toute dissimulation jouerait en votre défaveur
Nom, prénom, date et lieu de naissance
Combien font vingt-quatre fois vingt-quatre ?
Répondez sans réfléchir
Quelle est la formule de l’acide sulfurique
Celle du chlorate de potasse ?
Avez-vous été condamné ? Avez-vous purgé votre peine ou bénéficié du sursis ?
Quant à vos rapports sexuels avec qui avez-vous eu vos premiers contacts ?
Nom, prénom, date et lieu de naissance
Éventuell’ment de décès, de décès
Appartenez-vous à une formation politique
Ou syndicale ? dicale ?
Pratiquez-vous la religion chrétienne
La juive, la mahométane ? métane ?
Dans quel état étiez-vous quand vous avez pris votre véhicule ? hicule ?
Triste, calme, apathique, euphorique ou agressif, tête de mule ? de mule ?
Aviez-vous attaché votre ceinture ?
Vérifié vos pneus, vos clignotants ?
Jaugé l’huile, l’eau, l’essence ?
Racontez l’accident en quatorze lignes
Quatorze lignes, quatorze lignes, pas une de plus !
Quels sont vos sentiments à l’égard de la police ?
Bons, mauvais, franchement répulsifs ?
Barrez la mention inutile, inutile… inutile… de mentir !
De mentir !
Voix de cailloux
Chantez, chantez, voix éraillées
Voix de cailloux, voix de cristal
Racontez ma peine et mon mal
Mon espérance assassinée
Que la chanson ne soit pas gaie
Je ne suis pas un rigolo
Sauf quand l’âpre vin de Bordeaux
M’a fait la cervelle embrumée
Une chanson à l’encre bleue
Pour dire mes folles illusions
Mes rêves de petit garçon
On s’ennuie tant dans les banlieues
Une chanson à l’encre rouge
Pour exorciser mes soldats
Toutes les nuits je les revois
Qui tirent sur tout ce qui bouge
Une chanson à l’encre noire
En souvenir des anarchos
Coupables d’avoir dit tout haut
Ce qu’il adviendra tôt ou tard
Une chanson à l’encre blonde
En l’honneur de ton sexe chaud
Des Juliette et des Roméo
Qui baisent tout autour du monde
C’était ta chambre au dix-septième
Dans un tourbillon de chaleur
L’oreille posée sur ton cœur
J’écoutais la chanson que j’aime
Je ne suis que coquille vide
Mannequin raide au garde-à-vous
Minerve pour tenir mon cou
Cervelle sèche et cœur livide
Je me bourre d’amphétamines
Et de médicaments divers
Je crains l’été, je crains l’hiver
J’ai faussé toute la machine
J’ai de plus en plus de vertiges
La phobie du trou de mémoire
Si je me retrouvais un soir
Avec un esprit qui se fige ?
J’avais tellement de courage
Il y a seulement six mois
En arrière toute ! rendez-moi
Cent quatre-vingts jours de mon âge
Malfaiteur ! me crie la famille
Tu nous as mis dans tes chansons
Vois cette poupée de coton
Nous la perçons de nos aiguilles
Tu n’es qu’un gratte-paperasses
Un auteur pas à la hauteur
Tu as voulu jouer les seigneurs
Pour les orgueilleux, pas de grâce
Crève tout seul dans l’aube dure
Scié en deux par la douleur
Sois maudit, désespère et meurs !
Étouffe dans tes vomissures !
Avec soixante assiettes sales
Témoins de très anciens festins
Avec un cruel mal de reins
Avec un teint toujours plus pâle
Avec trois mille francs qui manquent
Pour l’échéance de demain
Sur la table, à côté du pain
L’avertissement de la banque
Avec quarante années de lutte
Et d’argent de force arraché
Dans mon rétroviseur fêlé
Je vois ma vie faire la culbute
Avec nos années qui se vengent
Avec toi qui hurles à ma mort
Avec mon verre plein à ras bord
Lancé sur ton visage d’ange
Coups sur la gueule, coups de masse
Des cris, du sang, lèvres fendues
Pouffiasse, con, folle, cocu
Et tout le répertoire y passe
Un juge entre ses deux potiches
Il est dérisoire et glacé
Il parle et je suis condamné
Au secours ! tout le monde triche
Avec ta voix dans mon oreille
Ta voix qui ne s’éteindra plus
Si j’avais su, si j’avais su
Ta voix comme un essaim d’abeilles
Chante, mon compagnon de chaîne
Le gardien ne nous entend pas
Il ronfle au plus chaud de ses draps
Nous sommes seuls avec nos peines
Chantez, chantez, voix éraillées
Voix de cailloux, voix de cristal
Racontez ma peine et mon mal
Mon espérance assassinée.
Paroles : Jacques Debronckart
Musique: Rémo Gary
Ils dansaient
Ils dansaient une valse noble et désespérée
Nul n’est beau comme ceux qui n’attendent plus rien
Un adieu sans larmes, adieu
Je fermerai les yeux
Quand je les ouvrirai
Tu auras disparu à jamais
Où seras-tu demain mon âme tant tourmentée ?
Je serai dans la nuit qui t’enveloppera
Dans la fleur sauvage
Dans l’arbre que tu toucheras
Attends
Tu sentiras la chaleur, la chaleur de mes doigts
Encore un peu de temps… hélas la nuit est tombée
J’aurais tant voulu vivre et vieillir avec toi
Il dit ces paroles
Il ouvrit les bras
L’herbe folle
Pour quelques secondes garda
La trace de leurs pas
Ils dansaient une valse noble et désespérée
Nul n’est beau comme ceux qui n’attendent plus rien
Un adieu sans larmes, adieu
Je fermerai les yeux
Quand je les ouvrirai
Tu auras disparu à jamais.
Misérables
Napoléon l’emp’reur était vainqueur
Des Turcs des Autrichiens et des Prussiens
Mais c’était pas assez, la Grande Armée
Voulut tâter aussi de la Russie
Misérables misérables ceux qui l’ont suivi
Misérables misérables qui sont morts pour lui
C’est le peuple en fin de compte qui paye toujours
Heureus’ment chang’ra le monde un jour un jour
Un jour un jour un jour un jour
Partis à huit cent mille rev’nus huit cents
Les autres où sont-ils enfouis dedans
Enfouis dedans la neige à Voronej
Noyés au fond de la Bérézina
Misérable misérable marche marche encore
Misérable misérable tout droit vers ta mort
Waterloo l’empire qui flanche le roi qui revient
Mais pour nous qu’est-ce que ça change rien rien
Rien de rien rien de rien
Hélas c’est pas mes frères le der des der
Les aveugles ça voit je sens déjà
Qu’un autre se prépare pour dans cent ans
Petite moustache noire trempée de sang
Misérables misérables peuples à genoux
Misérables misérables quand comprendrez-vous
L’ennemi c’est pas l’Autriche les Russes les Chinois
L’ennemi ce sont les riches les rois les rois
Les rois les rois les rois les rois
La la la la la la la la la la la la la
La la la la la la la la la la la la la
La la la la la la la la la la la la la
La la la la la la la la la la la la la…
Houhou (Cueille, cueille)
Cueille, cueille le cerfeuil c’est à l’œil
Cueille, cueille le persil c’est gratuit
Cueille, cueille le séné c’est donné
Cueille, cueille le sainfoin c’est pour rien
Houhou ! Montrez-vous ! Houhou ! Je n’joue plus
Je suis tout seul et il commence à faire noir
Cueille, cueille l’anémone on la donne
Cueille, cueille le lilas c’est pour toi
Cueille, cueille la violette c’est ta fête
Cueille, cueille le chardon ça sent bon
Houhou ! Montrez-vous ! Houhou ! Je n’joue plus
Je suis tout seul et il commence à faire noir
Cueille, cueille le souci c’est gratuit
Cueille, cueille le chagrin c’est pour rien
Cueille, cueille le regret en bouquet
Cueille, cueille la douleur l’est en fleur
Houhou ! Montrez-vous ! Houhou ! Je n’joue plus
Je suis tout seul et il commence à faire noir.
On pourrait
On pourrait aller aux Indes
On pourrait vendre des fringues
On pourrait tenir un zingue
Au fond c’est fou tout c’qu’on pourrait, pourrait, pourrait
On pourrait jouer du luth
S’présenter à la députe
Je sais bien ça te rebute
Mais si on voulait on pourrait, pourrait, pourrait
Pourquoi qu’on fait jamais rien
Que tous nos plans s’effilandrent ?
Ça use les nerfs à la fin
D’attendre
On pourrait plus boire de scotch
S’pointer à la désintoxe
Et du coup faire de la boxe
Au fond c’est fou tout c’qu’on pourrait, pourrait, pourrait
Monter un bateau terrible
Genre caméra invisible
Inventer un combustible
On rigol’rait, rigol’rait, rigol’rait, rigol’
Pourquoi qu’on fait jamais rien
Qu’on se perd dans les méandres ?
Ça use les nerfs à la fin
D’attendre
On pourrait écrire des pièces
Où s’qu’on montrerait nos fesses
Ou alors tout en tendresse
Au fond c’est fou tout c’qu’on pourrait, pourrait, pourrait
On pourrait donner sa vie
Soigner les épidémies
Faire au moins une belle sortie
Avez-vous remarqué qu’on n’est plus très, très frais ?
Quand on s’ra dans le sapin
Au mieux dans le palissandre
On aura l’temps, les copains,
D’attendre… d’attendre…
Ne faites pas l’enfant
Pour avoir un fils indigne
Une fille de joie
Un enfant bleu
Une fille de cuisine
Un fils de garce
Une fille de peu
Un mauvais garçon
Un garçon de course
Un garçon d’honneur
Un enfant terrible
Un enfant de troupe
Un enfant de chœur
Si c’est pour avoir cela
Arrêtez, jeunes imprudents
Soyez sérieux, ne faites pas
Ne faites pas l’enfant
Pour avoir une fille des rues
Une fille-mère
Une fille au pair
Enfant trouvée, fille perdue
Une fille qui joue
La fille de l’air
Une fille à soldats
Une enfant d’Marie
Un garçon manqué
Un fils à papa
Un fils naturel
Ou dénaturé
Si c’est pour avoir cela
Réfléchissez un moment
Soyez sérieux, ne faites pas
Ne faites pas l’enfant
Pour avoir une fille de salle
Un fils prodigue, une fille de feu
Même un enfant de la balle
Et même un enfant du Bon Dieu
Un enfant d’Édouard
Une fille du calvaire, un garçon d’bureau
Un fils de ses œuvres bien plus que des vôtres
Un enfant d’salaud
Si c’est pour avoir cela
Tant pis pour l’esprit de clan
Soyez sérieux, ne faites pas
Ne faites pas l’enfant.
Quoi ? Vous me demandez comment ?
Allons, allons, mes gaillards
Aujourd’hui, ne pas faire l’enfant
C’est l’enfance de l’art !
Écoutez… vous n’m’écoutez pas
Productions Alléluia - Gérard meys
Seul
La la si do la si si do ré si do
Mi la fa mi ré si do la
Mi la fa mi…
Toi, dit l’auteur à sa compagne
Tu vas partir à la campagne
Honfleur, Bangkok ou Barbizon
Mais va-t’en, j’en perds la raison
Tu bouges, tu grouilles, tu vas, tu viens
Tu vis ! Et moi je n’écris rien !
Tout reste en friche, tout reste en plan
Dans ma tête j’ai vingt-cinq romans
Cinq cents chansons, mille poèmes
Et tu me demandes si je t’aime
Je t’aimerais cent mille fois mieux
Si tu es à cent mille lieues !
Seul, enfin seul face à moi-même
Je vais prendre enfin mon envol
Cracher mes sublimes poèmes
Mon concerto en la bémol
La si do la si si do ré si do
Mi la fa mi ré si do la
Mi la fa mi
Vous, dit l’auteur à ses amis
N’appelez plus, je vous en prie
Ne venez plus à l’improviste
Je vous aime bien et ça m’attriste
Mais, sacré Bon Dieu, j’ai mon œuvre
Qui coule en moi comme un grand fleuve !
Ne m’invitez plus à vos fêtes
À vos parties, à vos dînettes
Je m’enferme dans un blockhaus
Ou dans un cul de basse-fosse
Avec une rame de papier blanc
Et je n’en sors que dans dix ans !
Seul enfin seul devant la tâche
La grande tâche à accomplir
Libéré des vaines attaches
Toutes mes idées vont fleurir
La si do la si si do ré si do
Mi la fa mi ré si do la
Allô, le dix-huit à Honfleur
C’est toi Simone, ma petite fleur ?
Pas un seul mot, une seule idée
Je tourne en rond dans ma carrée
Je me fais des œufs sur le plat
Prends le train de six heures vingt-trois !
Elle a raccroché. Allô Paul ?
Connais-tu la boîte espagnole
Au coin… D’accord, une autre fois
Allô Maurice ?… Allô Irma ?
Allô les cousins ?… Allô tante ?
Allô, allô l’horloge parlante ?
Seul, toujours seul avec moi-même
Dans ma télé j’entends, je vois
Des tas de gens se dire je t’aime
Et j’imagine que c’est pour moi
Je t’aime aussi
Et j’imagine que c’est pour moi.
Demandez–moi des chansons
Demandez-moi des chansons
Comme on demande à l’été
Du blé qui fait les moissons
Demandez-moi de chanter
Demandez-moi des colères
Comme on réclame aux nuages
De nous remplir les rivières
Demandez-moi de l’orage
Demandez-moi des matins
Comme on demande à la lune
D’allumer comme un refrain
Son lamparo de fortune
Demandez les billets doux
Les plus tendres dédicaces
Demandez-moi l’amadou
Je veux que grand bien nous fasse
Piquez la peau n’importe où
De la piqûre de rappel
Il y a des plaisirs partout
Ramassons-les à la pelle
Nos yeux seront des fontaines
J’y boirai ce qu’il a plu
Demandez-moi des je t’aime
Comme on n’en demande plus
Demandez pas le bon dieu
Demandez la terre neuve
Réclamez la terre de feu
J’y chante une chanson fleuve
Je suis mi raisin, mi figue
Et j’ai le sourire aux dents
Le bonheur ça défatigue
Le dehors et le dedans
Demandez-moi de me taire
Je ferai mon impassible
Je rentrerai dans la terre
Demandez-moi l’impossible
Comme on demande au savant
De chercher sans crier gare
Tout ce qui va de l’avant
Demandez-moi des regards
Remplissez en plein ma gourde
Avec la sueur du monde
Faites pas l’oreille sourde
Pas même quelques secondes
Demandez-moi des angoisses
J’ai ai plein mes mains, mes poches
Et puisqu’on est dans l’impasse
Loupons ensemble le coche
Mais si ça part de chez vous
Si l’étincelle est chez toi
Je veux être au rendez-vous
J’y chant’rai sur tous les toits
Demandez-moi des colères
Comme on demande aux nuages
De nous remplir les rivières
Demandez-moi de l’orage
Demandez-moi de chanter
Le blé qui fait les moissons
Que l’on réclame à l’été
Demandez moi des chansons
Paroles : Rémo Gary
Musique : Nathalie Fortin